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Chapitre 5


- Bon, c’est bien beau tout ça, mais comment on les retrouve, maintenant ?
- Aah, t’énerve pas ! De toutes façons il ne se passera rien avant la nuit

Cela faisait maintenant une heure qu’Eriks et Sevens ratissaient la ville à la recherche des deux filles qu’ils aavaient sauvées la veille.

- euuh, certes, reprit Eriks, moins convaincu que jamais. Mais est-ce qu’on va les retrouver avant la nuit ?
- oui, oui, répondit Sevens, si on cherche de manière systématique, on les trouvera forcément. Cette ville n’est pas si grande.
- Euh, mais si elles sont sorties de la ville ?
- Ah… oui… là, c’est sur que… admit Sevens après une légère hésitation.
- C’est pas vrai ! me dis pas que t’y avais pas pensé ?
- Si… si, bien sur, mais à mon avis, si elles sont venues ici, c’est pour une raison précise. Donc je ne pense pas qu’elles soient reparties aussi vite. Elles sont forcément encore en ville.

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A peu près au même moment, dans la forêt, à un kilomètre de la sortie de la ville.

- Bon, qu’est-ce qu’il y a ?
- Hein ? pourquoi tu me demandes ça ? répondit Vanae.
- Et bien tu as l’air sacrément contrariée depuis qu’on a quitté la ville, remarqua perspicacement Reena.

Effectivement, Vanae était plutôt contrariée, et elle était clairement mauvaise dans l’art subtil de cacher son mécontentement. Tout en continuant de marcher dans la forêt, elle se tourna vers Reena.

- On va où, comme ça ?
- Euh, je ne sais pas …
- Pourquoi on est parties, on venait juste d’arriver !
- Le terrain était bien trop défavorable, si on doit vraiment se battre, autant le faire sur un terrain que nous maîtrisons.
- Et c’est uniquement pour ça ? Je me souviens pourtant de certaines fois ou le l’inconnu ne te dérangeait pas …. Il y a une autre raison …
- …
- C’est cette rencontre que nous avons faite, n’est-ce pas ?
- Ah ah ah, pourquoi ce serait le cas ?
- Hmm, fit Vanae pendant qu’elle réfléchissait. Comme je te connais, ça t’a tellement énervée de t’être fait sauver que tu as réagi agressivement et n’importe comment …
- … moui, finit par admettre Reena, en laissant échapper un soupir.

Elles s’arrêtèrent. Mimant une grande lassitude, Reena posa les deux mains sur les épaules de Vanae.

- Mais... je crois quand même qu’on ne peut faire confiance à personne. Tu es trop naïve ma petite Vanae.
- Hé ! C’est plutôt moi qui dit ce genre de choses d’habitude !
- Désolé d’avoir encore agi sans réfléchir, Madame, répondit Reena en levant les yeux vers Vanae, un petit sourire au coin des lèvres
- Que voulez-vous répondre à ça ? s’esclaffa Vanae.
- Mais sérieusement tu veux retourner là-bas ?
- Bien sur ! je n’aime pas avoir des dettes et "se faire sauver la vie" est à peu près numéro un dans ma liste de dettes à ne pas avoir.

Reena devait admettre que c’était également le cas pour elle. Elle s’était dit qu’elle trouverait bien le moyen de remédier à ce détail ultérieurement

- On sera désavantagées si on doit se battre, tu le sais ? répondit Reena sans conviction, car elle savait qu’elle venait de perdre la bataille.
- Oh, ne te préoccupe pas des détails ! répondit Vanae joyeusement

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Le soleil de midi frappait désormais la petite ville et les rues étaient pleines de travailleurs qui venaient des chantiers du mur d’enceinte pour manger dans le centre-ville. La construction de ce mur était une véritable aubaine pour les commerçants de la ville, mais sûrement pas pour Eriks et Sevens, car toute cette population rendait tout recherche extrêmement dure, fatigante, et surtout très vaine. Ils avaient décidé de se réfugier dans le grenier en ruines qu’ils avaient occupé pendant la nuit.

- Tiens, mâchonna Eriks, en tendant un morceau de pain à Sevens. D’ici on a un beau point de vue, ajouta-t-il en s’approchant du rebord du bâtiment. Peut-être qu’avec un peu de chance …
- …elles passeront dans les 3 rues qu’on peut voir d’ici, c’est ça ? termina Sevens, visiblement pas tout à fait convaincu
- Ouais ben j’ai dit "avec un peu de chance"…
- Pff, j’ai vraiment l’impression de perdre mon temps à chercher ces deux filles. C’est même pas comme si on les connaissait, en plus…
- Rappelle-moi, demanda Eriks, qu’est-ce qu’on a d’autre à faire …. ?
- Eh bien, commença Sevens, en tenant son pouce comme il allait énumérer en comptant sur ses doigts.
- Je veux dire, le coupa Eriks. Quoi d’autre qui puisse se faire dans la journée ?
- Oh… euh, et bien rien, alors.
- Voila, tu as ta réponse.

Sevens décida de ne pas continuer cette discussion pour s’expliquer, car il savait très bien qu’Eriks savait que ses mots n’étaient que des paroles en l’air. Et il ne se sentait pas de lui expliquer le sens du mot rhétorique pour le moment

- Où penses-tu qu’elles sont pour le moment ? reprit Eriks
- Je ne sais pas exactement. Elles doivent être cachées quelque part en ville à l’abri des regards. Si mes impressions ont été bonnes, se sont des combattantes aguerries et elles peuvent sûrement se passer de manger plusieurs jours durant si c’est pour assurer leur sécurité.

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- aaaahh, s’exclama Reena. Rien de tel qu’un bon lièvre grillé pour faire paraître la journée meilleure. Je crois que je ne pourrais jamais sauter un repas. Dit-elle en jetant un regard dramatique à Vanae, qui s’esclaffa.

Le petit feu brûlait gaiement (si tant est qu’un feu puisse être gai) à l’orée de la clairière. Les deux jeunes filles venaient de déguster un lièvre accompagné de petits champignons des bois, cuisiné par Vanae avec les moyens du bord. C’était généralement elle qui s’occupait de la nourriture car elle s’était révélée bien plus compétente à cette tache que Reena, qui n’avait, pour parler pudiquement, qu’un talent limité en la matière.

- Un jour je t’expliquerai comment on fait, commença Vanae.
- Pourquoi faire ? répliqua Reena. J’ai ma cuisinière attitrée.
- Le secret, continua Vanae, qui n’allait pas se laisser couper dans son élan pour si peu, c’est la cuisson. Il faut enlever la viande avant qu’elle ne se transforme en charbon, c’est important !
- Si tu fais référence au sanglier de l’autre fois, c’était une erreur passagère ! renifla Reena.

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La nuit allait bientôt tomber, et les recherches ne semblaient malheureusement pas vouloir avancer pour Eriks et Sevens. Cela faisait bientôt une heure que Eriks et Sevens étaient engagés dans une discussion échauffée. Ils s’étaient arrêtés à un croisement entre deux grosses rues. Eriks s’était assis sur une grosse pierre. Il se tourna une fois de plus vers Sevens.

- … et moi je te dis qu’elles sont parties !
- Rha mais non, réfléchis un peu, répondit Sevens pour la dix-huitième fois depuis une heure. Une grande lassitude l’envahit
- Alors comment on fait pour les trouver ? tu peux pas... tu sais, utiliser ta magie
- Non, répondit Sevens. C’est pas aussi facile, et tu le sais. Le mieux et de continuer comme on fait, en posant des questions aux habitants.
- Mais t’as bien vu que ça marchait pas ! On a du demander à 50 personnes déjà, une de plus ne changera rien, regarde,

Il se leva, puis s’approcha d’une femme qui était en train de ranger l’étal de son magasin.

- Excusez moi madame, l’alpagua-t-il. Vous n’auriez pas par hasard vu deux filles qui se baladaient avec des vêtements bizarres et des armes ?
- Euh … commença la femme.

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Cela ne faisait pas quinze minutes qu’elles étaient revenues en ville que Vanae avait déjà l’impression d’être suivie. Elles avaient accéléré le pas. En effet il avait semblé à Vanae entendre une voix de femme dire "elles sont juste là", alors qu’elles traversaient une rue. Si l’ouie de Vanae était correcte, cette femme parlait manifestement d’elles. Comme elles ne pouvaient vraiment pas courir sans attirer encore plus l’attention, elles avaient juste accéléré. Heureusement que la concentration de gens les couvrait assez efficacement des regards.

En contrepartie, cette même masse de gens les mettait très mal à l’aise. Ici, debout dans la rue, elles étaient encore plus serrées entre les gens que dans la taverne la veille. Or, leur totale inexpérience des bains de foule confinait presque à la démophobie, ce qui fit qu’elles commencèrent très vite à se sentir vraiment mal. Elles décidèrent de s’écarter de la sécurité relative de la masse de gens et pénétrèrent dans une petite ruelle transversale. La lumière des lampes disposées le long de la grande rue n’atteignait pas cet endroit.

- Pourquoi tous ces gens continuent-ils à se déplacer alors que la nuit vient de tomber ? haleta Reena, tout en continuant de presser le pas.
- Comment je le saurais ?

Effectivement, comment auraient-elles pu savoir que c’était l’heure à laquelle là plupart des travailleurs rentraient chez eux ou allaient dépenser leur paye du jour dans les tavernes ?

- Tu les as remarqués ? demanda Vanae dans un souffle, faisant référence à la sensation d’être suivie qu’elle avait eu
- Bien sur, répondit Reena. Mais je ne peux pas dire combien ils sont, avec tout ce monde…
- Sûrement les crétins d’hier soir qui n’ont pas compris la leçon, continua Vanae, occultant légèrement le fait qu’elles avaient plutôt reçu la dite leçon elles-mêmes. Les deux garçons avaient raison.
- Préparons nous, ils arrivent, coupa Reena, en prenant son arme des deux mains.

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"elles sont juste là" avait dit la femme qu’ils avaient interrogée. Et elles l’étaient vraiment. Du moins c’est ce qu’il avait semblé à Eriks la fraction de seconde durant laquelle il avait eu le temps de les voir avant qu’elles ne disparaissent dans un coin de rue. Ils les avaient suivies pendant plusieurs minutes, et voila qu’un groupe d’hommes encapuchonnés et plus que louches semblait les suivre aussi. Ils devaient agir vite. Elles tournèrent dans une rue assez sombre, suivis peu après par les cinq hommes. Eriks et Sevens pénétrèrent à leur tour dans la rue, qui était au premier abord vide.

- Elles sont peut-être rentrées là ? demanda Eriks en pointant la porte d’une auberge avec son épée qu’il venait de sortir.
- "Le cochon unijambiste" ? rétorqua Sevens, lisant l’enseigne de l’auberge qui représentait effectivement un cochon avec un petit chapeau, debout sur une unique patte (ce qui, au vu de son petit sourire chafouin, n’avait pas l’air de le gêner plus que ça). Non, je ne crois pas, non. Continuons plutôt. Elles sont peut-être déjà en train de se battre en ce moment !

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Reena avait lancé son attaque de tout son poids aussitôt le pied du premier poursuivant aperçu. Jouant sur sa rapidité et sur l’effet de surprise, c’était un coup assuré.

- whoooooooa ! s’écria Eriks, après avoir paré de justesse le coup de Reena. Mais ça va pas la tête !
- que ? s’exclamèrent mutuellement Vanae, Reena et Sevens

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Au même moment, à l’auberge du cochon unijambiste. Cinq hommes autour d’une table attendaient leur boisson, repos bien mérité après une dure journée de labeur. L’un d’entre eux prit la parole :
- Dites, vous pensez pas qu’on devrait arrêter de porter une capuche même quand il ne pleut pas ? J’suis sur que les gens doivent nous trouver louches...

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- Pourquoi on se retrouve là, exactement ? demanda Eriks, contemplant sa chope vide, récemment pleine d’une bière étonnamment plutôt bonne.
- La bière est connue pour faciliter les… situations maladroites, expliqua Sevens. Et puis après la journée qu’on vient de se taper …
- Mais, commença Vanae
- Non, laisse, ils ont raison, la coupa Reena, puis elle ajouta tout haut : une troisième !

En voyant Reena aussi détendue, Vanae se dit qu’elle pouvait relâcher un peu la pression, il n’y aurait pas de combat ce soir

- Alors, lâcha Reena d’une voie moins réservée qu’elle ne l’aurait vraiment souhaité. Le truc, c’est que vous nous avez sauvé la vie, et on peut pas rester comme ça sans rien faire en retour, question d’honneur et tout. Qu’est-ce qu’on pourrait faire pour vous ?
- Euh … commença Sevens, en lançant un regard suffisamment noir à Eriks pour qu’il remballe la blague très très peu appropriée qu’il préparait. Je ne sais pas vraiment… pourquoi êtes-vous la, au fait ?
- On voulait voir le monde, expliqua Vanae. Et les vieilles la bas n’aimaient pas trop l’idée. Alors on est parties.

Et pour les détails, on verra plus tard, pensa Sevens. C’était une drôle d’histoire. De ce qu’il en savait, les amazones étaient un peuple de guerrières endoctrinées, et jamais il n’avait entendu parler d’amazones qui auraient fait sécession avec leurs paires. C’était plus que louche, mais la drôle de franchise de ces filles le poussait à les croire. Finalement, et presque à son propre étonnement, il proposa :

- Alors vous n’avez pas vraiment de but précis, pourquoi ne voyageriez-vous pas avec nous ?

Devant les trois paires d’yeux ronds qui venaient de se tourner vers lui, il sentit le besoin de se justifier.

- Non je veux dire, voyager tout le temps seul avec l’autre qui se croit drôle, c’est éprouvant, à la longue.
- Super, et qui c’est qui se croit drôle, là ? marmonna Eriks, en replongeant le nez dans sa chope.